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Reportage de Djouadi Farouk

Commune de Bousselam, les montagnards livrés à eux même

mardi 28 avril 2009 Djouadi Farouk 370 9 % 0

- Parmalien: http://kabyle2setif.net/spip.php?article111

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Le quotidien de la population de Bousselam est fait de privations. Les routes sont impraticables et les infrastructures sportives et culturelles sont quasi-inexistantes. Cette commune sise à 80 kilomètres au nord de Sétif n’a qu’un seul médecin généraliste et ses 18 000 habitants attendant, depuis des lustres, l’acquisition d’une ambulance et la construction d’une maternité.

Reportage réalisé par Farouk Djouadi

Les jours se suivent et se ressemblent à Bousselam, petit patelin perdu dans les monts du nord de la wilaya de Sétif. Le chômage endémique et le manque des infrastructures a fait du quotidien des 18 000 habitants de Bousselam, un véritable calvaire. Les désœuvrées se traînent par dizaines dans les cafés de cette commune qui compte 26 villages. Eparpillées au pied de la Montagne de Takintoucht, ces derniers sont reliés par des routes quasiment impraticables. Chaque jour que Dieu fait, les villageois, certains, en montant et d’autres en dégringolant, se rejoignent à Ain Dockar, chef lieu de la commune. Dans les cafés, les parties de domino commencent à partir de 10 heures du matin et parfois même avant. Les fervents adeptes de ce jeu (qui n’a rien avoir avec la théorie des dominos) viennent les premiers et attendent leurs coéquipiers. Ils sont soient debout devant le comptoir ou assis prés d’une fenêtre donnant sur la route, consommant à petites gorgées "un café bien dosé" et tirant de longues bouffées de leurs cigarettes. Les jeunes fument les Ryme alors que les quinquagénaires préfèrent Afras.

La passion des dominos

Il pleut en cette matinée d’avril. "Il n a’ pas cessé de pleuvoir pendant ce mois d’avril", dit-on, plutôt, dans le café Da Mokrane. Ce climat arrange bien les affaires du vieux cafetier au sourire large. Quand il pleut, beaucoup de gens, notamment, ceux travaillant dans les champs ou dans les chantiers de construction, se réfugient dans les cafés. Ce sont des jours chômés mais non payées que l’on passe dans le café en jouant ou regardant les parties de dominos. A 10h30, beaucoup de monde était debout devant le comptoir qui s’étendait sur prés de 8 mètres de longueur. Les tables, quant à elles, sont toutes prises. Un bruit assourdissant remplit le commerce de Da Mokrane. Son café et le plus ancien, le plus vaste et le plus apprécié au niveau du chef lieu de la commune. Ses deux fils se relient entre la machine à presse et les tables des dominos. Ils sont dynamiques et courtois avec tout le monde. Outre le café, les joueurs prennent du thym et de thé et, éventuellement, une bouteille de boisson gazeuse. Ces rencontres animées de "frappes" fortes sur la table, de cris et de rires manquent parfois d’esprit sportif. Les plus fanatiques des joueurs de dominos en arrivent aux insultes et très rarement aux mains. En plus des quatre joueurs, la table est entourée de pas moins de 10 spectateurs. La forte présence de ces derniers indique que le match réunit des adversaires chevronnés ou, le cas échéant, des joueurs marrants. En plus des amateurs de dominos, le café de Da Mokrane attire un bon nombre de jeunes accrocs de foot. Le cafetier n’a pas omis de se procurer une carte ART pour permettre à ses clients de regarder les matchs de la ligue des champions d’Europe et autres rencontres des différents championnats du Vieux continent dont certains clubs, à l’exemple de Barcelone et de Juventus ont beaucoup de fans dans ce coin oublié du nord de Sétif.

Des champions sans stade

La plupart des jeunes agglutinés du coté du grand téléviseur font partie du club local de football, Etoile sportif de Bousselam. Ils regardaient avec délectation l’équipe de Samuel Etoo en train d’écraser FC Séville de 4 buts à 0. Assis au milieu de ses joueurs Azzedine, le président du club de Bousselam, nous fera savoir que son équipe qui joue à la division de wilaya souffre énormément du manque de moyens. Et pourtant, les jeunes catégories de l’ESB, minimes cadets et juniors, ont fini champions de Sétif au cours de la saison précédente. Le club n’a pas de stade et est obligé de recevoir à Bouandas. Le terrain d’Anagou qui servait auparavant de stade est devenu impraticable même pour faire des entrainements, nous a t-il indiqué encore. Selon Azzedine, l’équipe fonctionne avec un budget de 15 millions de centimes par an, octroyé par la direction de la jeunesse et des sports de la wilaya. Quant au suivi médical des joueurs, il est pratiquement inexistant, a ajouté encore notre interlocuteur. Le manque de moyens les plus élémentaires a poussé les jeunes à quitter l’équipe nous a fait savoir de son coté Bilal, le meneur de jeu de l’ESB.

La charrue a encore de l’avenir

Si les jeunes sont portés sur les discussions foot, les vétérans sont plutôt préoccupés par le labour. C’est le printemps et il est temps de retourner le sol des champs de figuiers et d’oliviers qui constituent une source de revenues importantes pour un bon nombre de familles. Les villages situés sur les hauteurs à l’exemple de Tarzout, Lekseur ou Izaatiten, cultivent les figuiers alors que ceux situé en aval, à l’instar de Bouzkout et Tizguine, ont opté pour les oliviers. Deux retraités discutaient au sujet du labeur et se plaignaient du manque de la main d’œuvre. Comme par hasard, Arezki, un quinquagénaire pleine de vitalité et propriétaire d’une paire de bœufs fait son apparition dans le café. Il pleut des cordes donc il ne peut pas travailler aujourd’hui. Il donnera au retraité un rendez-vous pour lui labourer ses champs mais ça sera dans 10 jours. Arezki nous expliquera qu’il y a d’autres fellahs qui ont des bœufs mais ils ne sont pas très sollicités comme lui car « ils ne font pas bien leur travail ». Un bon travail, selon lui, exige des animaux préformant et pour qu’ils en soient ainsi, il faut bien les nourrir. « Je leur donne quotidiennement de l’orge », nous dit-il, visiblement fière de sa paire de bœufs infatigables qui peut faire, selon ses termes, le double de travail fait par ses concurrents.

1 médecin pour 18000 habitants

L’un des plus grands problèmes dont souffre la localité de Bousselam a trait aux carences flagrantes en services de santé. En effet, la commune qui compte prés de 18 000 habitants ne compte qu’un seul médecin généraliste travaillant au niveau du dispensaire de Ain Dockar. Ce dispensaire qui manque de médicament et de personnel qualifié, n’est même pas doté d’une ambulance pour évacuer les malades des 26 villages de Bousselam. La commune est dépourvue aussi d’une maternité. Pour un accouchement, il faut aller jusqu’à Bouandas ou à Barbacha (dans la wilaya de Bejaia) après un trajet qui peut aller jusqu’à 35 kilomètres.

Les casse-têtes de montagnards ne s’arrêtent pas là. L’impraticabilité des routes est perçue comme un véritable cauchemar par les transporteurs, les commerçants et tous les habitants de cette région montagneuse. Bousselam n’est doté d’aucune infrastructure culturelle. « Les jeunes sombrent dans la drogue à cause du manque des infrastructure culturelles et sportives », nous dira Khaled, un jeune professeur de lycée. « Nous avons ici de cybercafés mais avec une connexion à compte goutes qui fonctionne une journée sur trois », se plaigne encore notre interlocuteur. Le chômage quant à lui c’est un véritable fléau qui touche l’écrasante majorité des jeunes. « Les belles voitures qui circulent ici et les grandes villas que l’on a construites sur ces terrains escarpées sont les fruits de travail des émigrés, nous a-t-il expliqué. Selon lui, il y a des retraités de la France qui prennent en charge jusqu’ à trois familles. Sans l’argent transféré par les émigrés, la vie des montagnards serait plus insupportable encore, ajoute-il. « On vieillit à 20 ans dans cette région délaissée par les pouvoir publics », conclut le jeune professeur. F.D in Tribune des Lecteurs

Voir en ligne : Le blog de Hyrbal

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