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Accueil du site > Chroniques > Ferhat Mehenni : L’autonomie de la Kabylie ou l’effacement

Kabylie et Autonomie

Ferhat Mehenni : L’autonomie de la Kabylie ou l’effacement

La conférence de Ferhat - 6 juin 09 à l’UQAM

mardi 9 juin 2009 Onelas 141 8 % 1

- Parmalien: http://kabyle2setif.net/spip.php?article122

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Imposant, voila le mot. Imposant de stature mais pas uniquement. Imposant d’esprit surtout. 10h30, un samedi à Montréal, une salle de conférence exiguë, une centaine de présents tout au moins. On attend le chantre. Puis, une ovation, une insistante ovation. Debout, admiratifs, les frimousses lunées, le sourire échancrant les âmes. C’est lui, Ferhat Mehenni, le salut humble au bout d’un œil humecté, un tant soi peu malaisé, comme est le propre des grands hommes. Il manque juste que se gargarisent nos fières femmes d’un de ces youyous faisant parcourir le doux frisson. Nos mères auraient sans doute fait bien d’être là de leurs youyous, elles en auraient ébranlé l’enceinte. Ferhat Mehenni, à pas hésitants, le sourire emperlant son visage, gravit les marches et s’en va conquérir une autre ère dans son destin ; celui d’un humble berger, armé juste d’une conviction, mais chevauchant de grands idéaux ; ils sait les manquements du berger, il sait l’égarement de l’ouaille et le louvoiement séducteur ; Il en a connu de ces murés de convictions à deux sous qui ont vendu leurs âmes au diable au premier chant enjôleur ; il sait tortueux et escarpé son petit bonhomme de chemin, mais il sait qu’il est des idées, aussi fluette soit la voix qui les émet, qui assourdissent de sourdes ogresses ; pas à pas, brique sur brique, main dans la main et le processus est enclenché. Ferhat Mehenni l’a enclenché, suffit de comprendre dit le poète en citant, Mouloud Mammeri, un autre grand symbole de la berbérité/kabylité et de l’universalité : « Pour aller vers l’universel, il faut commencer de chez soi ».

Un ami, un fervent Kabyle et admirateur du poète, me dit que le poète a vieilli, la grisaille prend dans sa tête, une calvitie y fait son chemin. Sans doute, a-t-il rajouté, est-il tout souci de cette grandiose cause. Rares sont les hommes qui eurent à enjamber autant de rets assassins, à encaisser stoïquement autant de douleurs et de souffrances, qui soient aussi fréquemment endeuillés et qui s’en réveillent ragaillardis, reforgés, enhardis, qui en renaissent avec la conviction que la douleur de soi n’est rien devant celle qu’endure tout un peuple. Se consumer comme bougie est rien devant la lumière qui en résulte pour faire reculer la nuit. Il est comme une fleur, a encore poétisé l’ami, elle pousse en pâturage luxuriant et s’entête à prêcher son parfum là où l’incendie passe de sa langue ravageuse. Mon ami a la larme à l’œil ; ça fait longtemps depuis qu’il épie le moment. Le poète est là, dans quelque temps il dégainera son poème. Son poème politique. En attendant, de quelque coin retranché, s’égoutte une musique en notes sorcières ; un arpège qui s’écoule comme une ondée rafraîchissante qui s’en va ventiler un désert aride. Puis, la voix roque et cristalline égrène un langoureux poème : c’est celui de notre poète ; il en a payé très cher le prix du reste.

Passés le convenances d’usage. Silence. Un autre grand poète, Hacène Ziani, ancien parolier du groupe Ideflawen et de la diva Kabyle Nouara, prend la parole. Timide comme à son accoutumé, il présente l’hôte de Montréal. Pas pour les Kabyles mais pour les Québécois qui sont là ; d’aucuns, curieux désirant puiser le savoir en d’autres cultures et étirer des ponts de réciprocité et d’échange, d’autres, ayant déjà eu vent du poète rebelle qui entonne un chant hardi et qui dit, comme disent des Québécois souverainistes, que si l’on a une langue, on est déjà un peuple, et si l’on est un peuple, on a le droit d’être une nation, un état. D’ailleurs leurs interventions confluent au même constat : à des degrés différents, au Canada comme en Algérie, disent-ils, le fouet de l’injustice et de la tyrannie est pratiquement le même.

Oui, parce que, nous, nous le connaissons. Nous savons qu’alors juste poète en herbe, Ferhat Mehenni promettait d’activer de longues insomnies à la nuit étalant ses lambeaux ténébreux sur toutes nos contrées. Les dents sans doute encore laiteuses mais un cœur vaste comme est la vastitude des grandes idées ; un cœur vaillant, une langue affûtée à devenir une arme qui fait des plaies irréversibles dans les murailles de l’ennemi. Nous savons que le poète est l’enfant chéri d’un martyr qui a dédié sa vie corps et âme au service de la patrie afin que ne soit pas le printemps algérien du lendemain juste une erreur dans un calendrier. Nous savons que Ferhat Mehenni a maintes fois séjourné en prison, y a été torturé, meurtri, affamé parce qu’il a osé dire que l’on peut être autre chose que des arabes, que l’idéal de son père a été bafoué, que l’Algérie est berbère et entend l’être pleinement, que cette terre bénie est gouvernée par des politicards, des charognards ; des ennemis qui érigent la traîtrise en honneur, la félonie en constante, la délation et la prédation en normes. Et nous savons surtout que le poète, parce que il a osé enfilé le sentier prohibé qui mène vers la clairière de la forêt, en a perdu la chair de sa chair, le fruit de ses entrailles : son fils aîné Ameziane, 30 ans, assassiné dans la nuit du 18 au 19 juin 2004 à Paris par deux « individus de type maghrébins ». Nous savons tant de choses sur notre poète. Nous nous souvenons que l’on échangeait ses cassettes comme si l’on s’enfilait des armes ; des secrets de magnitude huit sur l’échelle Richter des complots aptes à ourdir des mutineries d’ordre à effacer une nation. On entendait en ces années de braises parler du jeunot aux cheveux nuageux comme d’une légende qui dépose un peu de son mystère dans chacune nos vétustes maisonnées de naguère.

Le poète a toqué dans la légende

La légende a ouvert la porte

Le poète est entré dans la légende.

Bouteflika président ? S’interroge le poète. Pas celui des Kabyles. Personne n’a voté pour lui. Ça veut dire quoi ? Il était temps dit le poète : « Il y a quelques jours à Washington, un ami me convia à regarder un court métrage sur une langue amérindienne. La grand-mère ne parlait que la langue maternelle et pas un mot en anglais, la fille parlait anglais et sa langue maternelle, la petite fille parlait beaucoup anglais et un peu la langue maternelle, l’arrière petite fille, elle, ne parlait que l’anglais… ». Puis, un oeil interrogateur, un haussement des épaules, un front renfrogné un tantinet. Quoi de plus clair ? dit le poète, c’est ou l’effacement ou l’oubli, l’indignité, la traîtrise. Il faut y aller avant qu’il ne soit trop tard. Le processus d’extinction est allumé voila des lustres.

Éteindre en nous le jour

Activer l’amnésie

Et allumer la nuit

La nuit enguenillée

Avec ses lambeaux

Qui jettent la cécité

Sur nos collines

Nos collines oubliées

Avec ces chemins

Qui ont cessé de monter

Il faut affirmer son identité, crie le poète. On ne fera rien avec à chaque fois quatre candidats du RCD ou du FFS, le temps est à l’affirmation… Ne sommes-nous pas un peuple ? L’autonomie est la seule issue, dit le poète. Les richesses fossiles dites-vous ? Le pétrole et tout le tralala ? Cette malédiction, ce bâton aux mains de voyous qui affament tout un peuple ? Cessons de penser ventral… L’autonomie de la Kabylie est le premier et ultime pas pour que survive en nous Dihya, pour qu’empoussière dans nos mémoires Jugurtha nos collines inoubliables, pour qu’ondoie fier et enorgueilli l’olivier dans le champ au terreau ancestral, et le poète dit : nous sommes un peuple décidé à arracher son droit, son droit d’être prospère, libre, autonome ; nous sommes un peuple décidé à reconquérir son histoire.

Voir en ligne : aokas.net

3 Messages de forum

  • Ferhat Mehenni : L’autonomie de la Kabylie ou l’effacement (1) 12 juin 2009 22:13, par kabyle et fiére de l’etre

    azul vive la kabylie autonome

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    • C’est votre opinion et c’est votre droit de rever l’autonomie en Kabilie. Mais je souhaite que sela ne soit pas engendré par des idées qui expriment la haîne envers les gens qui pensent differement que vous " comme moi qui est contre l’idée de l’autonomie de la Kabilie, l’autonomie definie dans le dictionnaire", car l’afrique du nord n’a pas le droit à l’erreur, parceque nous somme sous l’oeil de cyclône. on a besoins de se reunir. Si vous n’avez vraiment pas l’intension de separer la Kabilie de l’algerie et vous avez seulement envie de l’autonomie que vous avez defini comme quelque chose qui n’est pas en contradiction avec l’unité national, alors, je pense qu’il faux changer le therme " autonomie en le remplacant par un autre therme qui exprime vraiment ce que vous voulez et qui pourra attirer beaucoups de monde. S’il vous plait ne poussez pas les pays occidentals de nous juger comme des peuples qui ne savent pas ce qu’ils veulent. j’aime l’Algerie Berbere, j’aime l’Afrique du nord Berbere.

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      • Si vous aimez rééllement l’Algerie et l’Afrique du nord berbères, allez y, mettez vous au boulot, faites quelques chose pour. Nous sommes avec vous corps et âme, mais faites quelques chose ! Montrez nous ce que vous avez déjà fait pour y arriver, ce que vous entendez faire dans l’avenir, avec quels moyens, comment comptez-vous vous y prendre dans l’avenir. Bref, passez au concret, il n’y a que ça qui paye, figurez-vous.

        De grâce, cessez de critiquer ceux qui sacrifient tout pour un idéal. Parce que, dites vous bien, de l’idéal, y’en a qui en ont encore, si le terme vous dit quelque chose.

        Par pitié, cessez cette singerie qui consiste à ne parler de danger étranger que quand les kabyles demandent leurs droits. A propos, avez vous soufflé mot quand l’unité du pays a été mise en danger par la politique de l’arabisation ?

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